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INTERVIEW
:
'Le fantastique .net'
Pouvez-vous nous présenter chaque membre
de votre groupe, et évoquer votre carrière musicale (formation,
rencontres importantes,...) ?
Actuellement Ashram se compose comme suit : Luigi Rubino (piano), Sergio
Panarella (voix), Alfredo Notarloberti (violon).
Luigi a étudié le piano classique et élabore sur
cette base son style sombre et personnel ; Alfredo vient du Conservatoire
et s'essaie à de nombreux genres différents; Sergio n'a
jamais étudié le chant par la voie académique mais
cherche toujours à améliorer ses connaissances par la découverte
de nouvelles solutions mélodiques et de couleurs inédites.
Notre carrière a débuté en 1999 grâce au cd
démo For My Sun, qui nous a permis de participer à de nombreuses
compilations : Energeia Intimations of Immortality vol. 5 (avec la version
originale de "Spirit of the Rising Moon"), Decadance Records
vol. 1 (avec l'instrumental "Entry into the Ashram"), Zillo
Romantic Sounds 3 (avec la version démo de "For My Sun"),
Cynfeirdd (avec la chanson "Forgive Me").
En 2002 nous avons rencontré Frédéric Chaplain ici,
à Naples, et nous avons signé avec le label français
Prikosnovénie pour l'enregistrement d'un cd complet. Nous nous
sommes donc lancés dans les sessions d'enregistrement en studio
et avons enrichi notre palette sonore d'une guitare acoustique, d'une
double-basse et d'un violoncelle. Récemment nous avons collaboré
à la belle compilation de Prikosnovénie, Odyssée,
avec la chanson "Forever at Your Mercy", tandis que l'Elegy
Magazine et la compilation Zillo recevaient les éloges de la presse.
En juillet 2002 nous avons été invités au Portugal
pour deux concerts, l'un à Lisbonne et l'autre à Coimbra,
et nous avons partagé la scène avec un groupe local, Dwelling,
du label Equilibrium. Ce fut une expérience formidable, nous avons
rencontré des gens adorables, et obtenu une invitation à
participer au cd-hommage à Scott Walker, sur lequel nous travaillons
actuellement, réarrageant la chanson "Angels of Ashes".
Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés, et
qu'est-ce qui vous a décidés à travailler tous ensemble
?
Ashram est né quand les idées de Luigi ont rejoint celles
de Sergio pendant l'écriture de "For My sun" en mai 1998.
Peu après nous avons pris contact avec Alfredo, et soudain nous
avons ressenti une telle connivence que de septembre 98 à mars
99 nous avons écrit et enregistré onze chansons, dont sept
ont été utilisées pour le cd démo et enregistrées
seulement avec piano, violon et voix.
Le nom de votre groupe : comment l'avez-vous choisi ? A-t-il une signification
spéciale ?
Ashram est un mot de l'ancienne culture indienne doté d'une signification
très profonde. Ce lieu peut être une maison, une tente, une
caverne, un jardin. Nous n'avons de lien avec aucune religion particulière,
nous aimons simplement la sonorité de ce nom et sa signification
spirituelle, que nous essayons probablement de restituer à travers
notre musique. Nous sommes conscients de l'importance qu'accordent à
ce mot nombre de gens religieux, et pour des questions de respect nous
gardons nos distances par rapport à la philosophie de la vie qu'implique
ce concept.
Comment situeriez-vous votre musique dans le spectre musical contemporain
? Pourriez-vous la relier à un genre spécifique ? Aviez-vous
des intentions précises à ce sujet ?
Sans doute nos atmosphères sont-elles proches du dark ou de la
musique de chambre, mais depuis nos débuts nous n'avons jamais
cherché à nous rattacher à un genre défini
ni à suivre une mode. Nous ne faisions que mêler nos idées
et nos émotions en une parfaite harmonie, tout cela était
très fluide. Cette fluidité présente dans nos chansons
est probablement liée à la chaleur des instruments acoustiques,
qui laissent s'exprimer la sensibilité sans aucune restriction.
Votre groupe est italien : pourquoi avez-vous choisi de chanter en anglais
?
L'italien est une langue merveilleuse mais nous n'avons jamais eu l'intention
de l'utiliser, car l'anglais nous semble parfaitement approprié
à nos mélodies. En outre, cela aide énormément
lorsque vous désirez que vos paroles soient comprises dans le monde
entier.
Pensez-vous que votre pays natal ait une influence quelconque sur votre
musique ?
Non, pas directement en tout cas. Notre musique est une introspection,
le miroir de nos états d'âme.
Pourriez-vous nous parler de vos diverses sources d'inspiration, musicales
ou autres ?
Les apports sont d'une variété infinie, tout comme les émotions.
Par exemple, nous avons été bouleversés par la lecture
d'un roman d'Alessandro Baricco, "Oceano mare", et de là
nous est venu Elisewin, le nom du personnage de l'histoire qui incarne
le mieux notre musique, vu qu'elle et notre style partagent une même
fragilité. La musique de "Forever at Your Mercy" est
également inspirée par ce livre ; en fait le titre original
était "Alliance", le nom du bateau dans l'histoire. Notre
collaboration fructueuse avec Paolo D'addio, chanteur de Trees, nous a
poussés à modifier le titre et les paroles (dans le sens
d'une amélioration, bien sûr), mais pas l'esprit, qui s'est
même trouvé enrichi.
Dans notre critique, nous avons mentionné
les noms de Chopin et de Debussy : approuveriez-vous ces références
?
Nous adorons Debussy et son magnifique Doctor Gradus ad Paranassum, ainsi
que les Nocturnes d'Erik Satie. Nos propres atmosphères se rapprochent
sans doute des leurs. Quant à Chopin, eh bien, nous l'aimons beaucoup,
mais nous ne voyons aucun lien de style. Parmi les autres compositeurs
que nous admirons : Liszt et son Rêve d'amour, Vivaldi (Nulla in
mundo pax sincera), Rachmaninov (Rach. 3), Pergolese (Stabat Mater), Beethoven
(Mondscheine Sonate), et l'oeuvre de J.S. Bach dans son ensemble. Dans
les musiciens contemporains nous pourrions mentionner Keith Jarrett, Astor
Piazzola, Ennio Morricone. En général nous apprécions
la bonne musique, quel que soit le genre : Radiohead, Joseph Arthur, Mogwai,
King Crimson, Area, Nick Drake, Miles Davis, Tim & Jeff Buckley, John
Coltrane, Black Sabbath, Smiths, Tangerine Dreams, Kan, Faust, etc...
Enfin, issus de la scène dark : Bauhaus, Dead Can Dance.
Parfois les paroles semblent adressées à tout un chacun
comme une sorte de sagesse, plutôt qu'à une personne en particulier
(un être aimé, par exemple): diriez-vous que votre musique
est ésotérique (plutôt qu'anecdotique), ou religieuse
d'une quelconque façon (sur la pochette on peut apercevoir le visage
d'une Madone) ?
Les illustrations du livret ont été réalisées
par Sabine Adelaide, la graphic designer du label Prikosnovénie
: elle a choisi l'image d'une Madone, peut-être que notre musique
lui a inspiré une certaine religiosité. Toutes nos paroles
sont reliées entre elles par un fil ténu qui dessine un
voyage fantastique à l'intérieur de nous-mêmes, racontant
nos sensations du moment, une étincelle dans le temps qui bientôt
échappe à toute description précise. Il est fascinant
de les évoquer ainsi et de parler d'elles en termes métaphoriques
comme si on les peignait avec des couleurs qui n'existent même pas
! Parfois, sur la scène, en live, il nous arrive de ressentir tout
cela... et c'est magique.
Quelle inspiration vous vient en premier: celle
des paroles ou celle de la musique ? Ou bien est-ce simultané ?
Comment décririez-vous la relation entre les deux ?
Il n'y a pas de règle dans la création de la musique et
des paroles, c'est comme si elles naissaient d'elles-mêmes, mouvantes,
pour qu'ensuite les instruments nous permettent de les exprimer complètement;
c'est pourquoi il s'agit d'une musique si intimiste. En général
les chansons proviennent d'une mélodie principale dans laquelle
chacun de nous inscrit ses sensations, via les instruments. Depuis le
début nous avons adopté une sorte de rock attitude dans
la composition de nos chansons, nous appuyant sur l'improvisation pure
pour ensuite élaborer des arrangements et assembler les mélodies
en une chanson. Souvent, les paroles viennent ensuite, dictées
par la mélodie vocale.
Vos textes sont souvent très courts: n'avez-vous besoin que d'un
canevas restreint pour élaborer votre musique ?
Nous mettons l'accent sur des paroles fortes, une bonne histoire ne nécessitant
pas un grand nombre de mots. Une phrase peut être en complète
rupture avec ce que dit le texte dans son ensemble, mais forcer la structure
reviendrait à détruire sa puissance évocatrice.
Certaines de vos chansons ne contiennent aucunes
paroles: pensez-vous qu'un long texte nuirait au développement
de votre musique, ou bien est-ce simplement lié au hasard ?
C'est lié au hasard, je pense, et tout dépend de la façon
dont la chanson se présente à nous, de notre état
d'esprit du moment.
Utiliseriez-vous le mot "triste" pour décrire votre musique
? Les paroles trahissent souvent une grande mélancolie, voire du
désespoir... L'automne semble être la saison de votre musique,
avec ses atmosphères, ses couleurs (voir la pochette du cd)...
A nouveau, c'est Sabine Adelaide qui a associé à notre musique
des couleurs automnales, et cela nous a beaucoup plu. Les feuilles tombant
d'un arbre à l'endroit et au moment où la vie renaît
renvoient à l'être humain et à l'expérience
de chacun aujourd'hui.
Pour conclure cette interview, et afin de faire
le lien avec notre site et nos préoccupations, pourriez-vous nous
dire quelle est la part du merveilleux et de la magie dans votre musique
(je pense au titre "Fairy Wind") ? Elle est si pleine de poésie...
Poésie et merveilleux entrent pour une large part dans ce que nous
essayons d'exprimer et de transmettre au public. Ce sentiment est si viscéral
qu'il est très difficile de le retranscrire par des mots, mais
nous espérons que vous le ressentirez également en écoutant
Ashram.
Merci beaucoup pour votre sympathie et votre disponibilité.
Merci à vous,
Ashram |